Dans notre cabinet d’Orthophonie à Casablanca, nous recevons de plus en plus de parents inquiets du retard de langage et des troubles d’apprentissage de leurs enfants. Lorsque je les questionne, je m’aperçois de dénominateurs communs : la tablette, le téléphone ou la télévision.

L’arrivée du smartphone dans notre quotidien a incontestablement chamboulé la vie de nos enfants et certainement leur santé ou développement.

En effet, les ondes émises sont très nocives pour le cerveau de nos enfants. Selon un rapport de l’Agence Sanitaire (Anses), elles peuvent avoir des effets sur leurs fonctions cognitives ainsi que sur leur bien-être.

C’est avant 3 ans que le langage se développe, ce qui est déterminant pour la suite de son acquisition.

La télévision entraîne une réduction du temps passé à lire et un affaiblissement des performances scolaires.

 

De nos jours, il n’est plus surprenant de voir des enfants en bas âge manipuler des appareils électroniques. L’usage des tablettes et des smartphones n’est plus limité aux adultes. Bien au contraire, ces appareils sont de plus en plus à la portée des enfants, et ce à partir d’un âge très précoce.

Il faut d’abord souligner que les parents sont souvent surpris par la dextérité et la facilité de manipulation de ces appareils acquis par leurs enfants. Malheureusement, la majorité d’entre eux ignore le danger de cet usage. Le danger le plus relevé par les parents est d’ordre oculaire. En effet, la lumière bleue des écrans a un effet néfaste sur les yeux, mais cette surexposition impacte également et considérablement le développement de l’enfant.

Face à la grandeur de ce phénomène dans notre société, il est utile d’interpeller les parents sur les risques de la dépendance aux écrans et les initier aux bonnes pratiques pour épargner leur progéniture de ce danger.

Des scientifiques canadiens ont démontré que les smartphones et tablettes ont un impact négatif sur le développement du langage chez les bébés.

On pourrait penser que les écrans sont éducatifs et qu’ils pourraient aider nos enfants à devenir plus éveillés. Les scientifiques ont observé près de 900 enfants âgés de 6 mois à 2 ans entre 2011 et 2015 et ont constaté que plus un jeune enfant passe du temps devant un écran, plus il risque de développer des troubles du langage, de l’attention et aussi de la socialisation. En cause, la passivité entraînée par ce type d’activité rapporte le magazine américain TIME.

Selon la docteur Catherine Birken, « les appareils portables sont partout de nos jours ».

Il est donc difficile pour certains parents de tenir les enfants éloignés de ce genre d’outils.
Une difficulté dont la chercheuse a conscience : « alors que les nouvelles directives pédiatriques suggèrent de limiter le temps d’écoute pour les bébés et les nourrissons, nous pensons que l’usage des smartphones et de tablettes chez les jeunes enfants est devenu assez courant ».

L’étude réalisée est la première à lier le temps passé devant des écrans et le risque accru d’un retard du langage chez les enfants de moins de 2 ans.

Cliniquement, l’usage excessif des écrans impacte aussi l’activité cérébrale de l’enfant. « On a observé, praticiens et chercheurs, chez l’enfant surexposé aux écrans, une nette prédominance de l’activité cérébrale dans l’hémisphère droit, celui qui traite l’information de façon émotionnelle. Par conséquent, l’esprit critique est annihilé et la capacité d’apprendre diminue », apprend-on des psychologues.

 

Le retard du langage est la première chose observée dans ce sens. Les recherches liées à cette problématique relèvent, également chez l’enfant surexposé aux écrans une réduction de la capacité d’attention.

« Les smartphones, tablettes et autres écrans semblent de plus en plus jouer le rôle de baby-sitter comme un substitut des interactions sociales, et comme la seule forme de divertissement pour les enfants et les familles », explique Lamya LAMRANI, psychologue clinicienne. Et de constater que « l’enfant se trouve donc dans une certaine passivité face à l’explosion de stimulus provenant des écrans alors que son cerveau n’est pas encore prêt pour recevoir, analyser et donner du sens à tout ce flux ».

L’exposition précoce aux écrans peut engendrer une introversion chez l’enfant entravant son épanouissement personnel.

Pour lever toute ambiguïté, la praticienne précise :

« l’exposition aux écrans ne rend pas autiste, mais peut être un facteur déclencheur s’il y a prédisposition génétique ».

 

La psychologue fait par ailleurs observer que beaucoup d’enfants exposés précocement aux écrans présentent une symptomatologie assez proche des troubles envahissant le développement, avec essentiellement un retard du langage, et absence d’initiative sociale. « Dès qu’on recommande aux parents d’arrêter l’usage de la télévision et de mise en place d’interactions avec leur enfant, une cascade de comportement dit positif apparaît, ce qui élimine l’hypothèse du spectre autistique qui est supposé être un trouble neuro-développemental plus complexe », explique Lamya LAMRANI.

 

Quelques conseils pour un bon usage des écrans :

  • L’initiation aux écrans doit être progressive en tenant compte des capacités de l’enfant.
  • Pas d’écran avant 3ans : Le cerveau des petits absorbe tout ce qu’il voit, donc affirmer que les écrans sont sans danger, car « l’enfant ne comprend pas » est faux.
  • Après 3ans, il faut privilégier les séquences courtes (10minutes) et ne pas laisser l’enfant seul devant l’écran : il est important que les adultes accompagnent les enfants dans leur découverte du monde des images et puissent parler avec eux.
  • Suivre la loi du plus petit, on regarde en famille seulement ce que le petit peut voir.
  • Ne jamais installer la télé dans la chambre d’un enfant pour ne pas l’isoler de la vie familiale et empêcher l’adulte de savoir ce qu’il regarde.
  • Éviter l’usage des smartphones et tablettes pour les enfants de moins de 6 ans.

 

Pour conclure, nous sommes tous concernés par ce phénomène, l’envahissement d’outils technologiques dans nos foyers a pris place et il est temps d’agir.

Certes, il est difficile aux adultes de dire aux enfants de moins regarder la télé, mais apprenons à la regarder différemment.

Plutôt qu’interdire et diaboliser, il est préférable de poser des limites, de réduire les temps d’audience et proposer systématiquement une alternative.

« Dire non est possible si on est prêt à donner de l’attention en échange ».